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lundi 7 novembre 2016

La Mer est ronde....par Jean-François Deniau


<< Amateur, cela veut dire "qui aime", et c'est bien de cela qu'il s'agit. J'aime la mer et j'aime être en mer.
J'aime partir, larguer l'amarre et passer les feux ; J'aime  naviguer, voir le vent tourner, la brise adonner, le ciel changer, la mer se former et se déformer ; j'aime le bouillon chaud dans le thermos au pied du barreur et l'étoile qu'on prend un temps pour cap la nuit, entre hauban et galhauban ; 
J'aime quitter une côte de vue, et, après un jour, huit jours, un mois, en voir apparaître une autre, qu'on attendait ; 
J'aime arriver, entrer, mouiller, et quand tout est en place, fixé, tourné, ammaré, ferlé, rabanté, être à terre.
Je suis un "amateur"....>>


Peinture : Art majeur
<< Etre seul en mer, choisir sa route, composer avec le vent et la vague en mesurant sa toile et fixant son cap, ne serait peut-être pas un plaisir complet s'il n'y entrait aussi un élément supplémentaire qui flatte un sixième sens, celui de la surprise. On ne s'ennuie jamais en mer puisqu'il n'y a pas d'horaires, seulement des jours, des aubes, des crépuscules, des méridiennes, qui se succèdent et reviennent si naturellement que la durée semble immobile.
En mer, il n'y a pas de "temps morts" : c'est le temps qui est mort. Ainsi les journées se datent et s'organisent dans notre mémoire au hasard des rencontres et la moindre d'entre elles est l'évènement.
(...) Partir, quelle que soit l'heure, c'est toujours une sorte de crépuscule.>>




"...Derrière soi, le quai, la ville, les amis, la chaleur, la lumière.
Devant soi, ce qui n'est pas connu. Pour un jour ou un mois, l'imprévisible, l'obscur, autrement dit, la nuit.
Et arriver, quelle que soit l'heure, c'est toujours un peu une aube.
D'abord l'heure trouble qu'ont ressentie tous ceux qui ont navigué. La nuit n'est pas encore venue mais le soleil est couché. On sent le froid à l'intérieur de soi. Parce qu'il fait moins chaud ? Non, parce qu'il fait plus sombre.
C'est le moment du frisson imperceptible, de l'inquiétude vague, de la solitude, elle, plus précise et qui, un instant, pèse sur les épaules.
Larguons les amarres du jour. Un léger pincement au coeur, comme quand le quai s'éloigne et que l'amarre tombée à l'eau est remontée à bord..."








"...Voici maintenant venir la double traversée, celle de la mer et celle de la nuit. Les êtres de cette terre, les formes familières, les certitudes réconfortantes une à une s'estompent et disparaissent. 
Voici venir maintenant la double solitude, celle de la nuit et celle de la mer..."



-Jean-François Deniau : (1928-2007)-
La mer est ronde : Editions Gallimard [Folio]

Source: Vendée Globe







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