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lundi 12 juin 2017

Un jeune homme et son chat voyagent pour retrouver amis et souvenirs...





Les livres sur les chats sont très nombreux au Japon. Ce dernier ouvrage tendre et émouvant devrait ravir les lecteurs du Je suis un chat de Sôseki, mais également les amateurs de belles histoires entre souvenirs d’enfance et réflexions animales. En route pour découvrir Les mémoires d’un chat, de Hiro ARIKAWA…


Ce livre dans lequel se mêlent réflexions et paroles du chat et souvenirs d’enfance de son maître rappellera donc, à certains, le fameux Je suis un chat de Sôseki. Mais c’est une version plus douce, plus touchante, un chat moins caustique et plus affectueux qui raconte au lecteur sa vie, ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Le livre débute ainsi (comme un hommage à Sôseki) :

“Je suis un chat. Je n’ai pas encore de nom.” Il paraît que dans ce pays, un chat de génie a prononcé ces mots. Je ne sais pas s’il était génial, mais moi, au moins, j’ai un nom. Sur ce point, le chat de génie, je le mets à l’amende.

L’histoire commence simplement. Satoru est un trentenaire dynamique. Quand il rentre du travail, il n’oublie jamais de donner à manger au chat de gouttière qui aime s’allonger sur son monospace. Un jour, le chat se fait renverser par une voiture et Satoru, après l’avoir fait soigner dans la clinique vétérinaire, décide de le recueillir et de l’appeler Nana (“sept” en japonais, car sa queue a la forme de ce chiffre). Tout se passe pour le mieux entre les deux complices : promenades, repas, câlins … un quotidien idyllique auquel Satoru doit pourtant mettre fin au bout de cinq ans, pour des raisons que le lecteur ignore et ne découvrira que dans les dernières pages du livre (même si des indices sont semés au fil des pages).

Il entame donc un voyage avec son chat. Le but est de revoir d’anciens amis et de leur proposer d’adopter Nana qu’il ne peut pas garder.
Pour chaque ami rencontré, Nana raconte le voyage, les retrouvailles, les événements du présent, tandis qu’un autre chapitre regroupe les souvenirs livrés par l’ami de Satoru.

Nana, un chat au fort caractère !

Le lecteur en apprend à chaque étape du voyage un peu plus sur Nana : 
– ce qu’il aime : la musique calme, la mer – mais de loin car de près ça fait trop de bruit et c’est effrayant, les croquettes “blanc de poulet et fruits de mer au bouillon“,

– ce qu’il n’aime pas : la clinique vétérinaire, la bêtise des humains qui semblent incapables de comprendre la langue des chats alors que les chats, eux, comprennent très bien celle des humains, même s’ils ne savent pas l’écrire … Seul  Satoru fait exception, c’est un humain exceptionnel qui semble comprendre presque tout ce que pensent les chats.

Entre autres choses, Nana n’aime pas les fausses souris jouets :

Eh oh, minute ! Je peux pas laisser passer ça. D’où tu sors que j’adore ces pitoyables ersatz de souris. Bon, d’accord, comme l’odeur ressemble à celle des vraies, je leur cours après par réflexe, mais quand je les mords, il n’y a pas ce jus délicieux, ça se mange même pas, alors quand je retrouve mes esprits j’ai vraiment l’impression de m’être donné du mal pour rien.

Il a un avis bien tranché sur les chiens :

Et l’autre imbécile, là-bas, le chien de Sugi, c’est ça ?
C’est un trait assez général chez ces énergumènes, de manquer totalement de sérénité. Il suffit que leur maître dise noir, même si c’est blanc, ce sera noir. Pour ça, l’autre affreux va bien avec la mentalité chatouilleuse et complexée de son maître.
Un chat, c’est pas pareil. Son maître aura beau trépigner en affirmant que c’est noir. Si c’est blanc, c’est blanc. Un chat reste fidèle à ses convictions en toutes circonstances.

Il admire parfois l’intelligence humaine capable de construire des bateaux :

Il n’y a pas à dire, les humains fabriquent des trucs incroyables.
D’ailleurs, qui a eu cette idée de faire flotter des morceaux de fer aussi énormes ? Celui qui a inventé ça devait être un peu fou. Le bon sens voudrait que les objets lourds coulent. Les animaux ne vont jamais contre le bon sens, il n’y a que les humains. Ce sont vraiment des animaux spéciaux.


C’est un chat intelligent, curieux, bagarreur quand il le faut, doux quand il sent que c’est nécessaire. C’est un fin observateur des paysages mais également des âmes humaines. Il comprend les sentiments, les choses cachées, les douleurs, les joies.

Des amis à travers tout le Japon …

Satoru retrouve d’abord Kôsukê, avec lequel il était à l’école primaire. Le souvenir du chat Hachi qu’ils avaient trouvé ensemble est encore très fort. Ils se souviennent des séances de natation (Satoru était surnommé le Kappa car il nageait très bien et rampait au fond de l’eau), du jour où ils avaient trouvé ce chaton abandonné, de leurs ruses pour garder le chat, de leur voyage scolaire à Kyoto. Puis ils se sont perdus de vue, Satoru a déménagé, les années ont passé.

C’est ensuite dans la campagne qu’il retrouve Yoshiminé, camarade de collège qui a repris l’exploitation familiale et cherche un chat pour chasser les souris (il n’a qu’un chaton malingre totalement incapable de le faire mais qu’il garde car il l’a trouvé au bord de la route et s’y est attaché).

Puis il retrouve Sugi et Chikako, des copains de lycée qui se sont mariés et ont des chambres d’hôtes qui accueillent également les chiens et les chats, pas très loin du Mont Fuji. Ils ont un chien jeune et fougueux et une vieille chatte Momo qui fait découvrir à Nana le plaisir de s’allonger sur une vieille télévision cathodique pour profiter d’une douce chaleur. Cette visite est l’occasion de parler du passé mais également de dissiper les non-dits qui avaient pu gâcher leur relation.

Le voyage se poursuit dans les magnifiques paysages d’Hokkaido. C’est là que vit la tante de Satoru. Le chat s’émerveille : les champs de fleurs, les chevaux, les daims en liberté, les arcs-en-ciel doubles.

Tout est nouveau et bouleverse ce chat à l’âme de poète !

On est descendus par une route qui longeait une rivière, quand tout à coup …
– Ouah !
– Ouah !
Presque ensemble …
– … On dirait la mer !

Les plumeaux argentés des miscanthus se dressent partout des deux côtés de la route et couvrent jusqu’à loin loin loin la vaste plaine. Le vent fait des vagues blanches qu’on peut suivre jusqu’au bout du bout.

Les retrouvailles avec la tante Noriko sont chaleureuses. Les discussions sont longues, les souvenirs s’égrainent. Nana prend ses marques dans ce nouveau logement. Il se trouve un carton étroit où se réfugier et s’habitue aux caresses maladroites de la tante.

Bien sûr, le livre a une fin … qu’il vous convient de découvrir.

Tout en humour, en tendresse, en partage, en émotion… Ce livre est un voyage à travers le Japon, à travers les amitiés, à travers les souvenirs, à travers la vie, les vies, le temps trop vite passé …

Et dans ce tourbillon, il y a Nana, le chat que chacun rêve de connaître, de caresser, celui qui a “une queue en forme de 7 qui accroche les jolies choses” ! 


N’hésitez pas plus longtemps, suivez ce chat irrésistible !

-ALICE MONARD- : Journal du Japon


Hiro ARIKAWA




paysage d’Hokkaido

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